Mounou Désiré Koffi et Bassirou Fall
Du 10 octobre 2026 au 31 janvier 2027, Maison d’Afrique présente Mémoire réinventée, une exposition réunissant l’artiste ivoirien Mounou Désiré Koffi et le sculpteur sénégalais Bassirou Fall.
Peintures, assemblages et sculptures composent le résultat d’un temps de création partagé à Saly. Les deux artistes travaillent à partir de matériaux abandonnés : anciens claviers de téléphones portables, cadres de vélos, tôles découpées dans des fûts d’huile ou d’essence, fer à béton et fragments métalliques.
Mais la récupération ne constitue pas ici une finalité. Elle est le point de départ d’une réflexion sur la mémoire, les identités, les usages et les transformations de nos sociétés.
Ce que les objets conservent
Un objet jeté ne devient pas immédiatement une matière sans histoire. Il conserve les traces de ceux qui l’ont manipulé, transporté, utilisé ou réparé.
Les touches des anciens téléphones ont servi à composer des numéros et à transmettre des messages. Les cadres de vélos ont accompagné des déplacements. Les fûts métalliques ont contenu des produits, circulé et subi l’usure. Le fer à béton, initialement destiné à la construction, devient l’ossature de nouvelles figures.
En choisissant ces matériaux, Mounou Désiré Koffi et Bassirou Fall ne cherchent pas simplement à leur offrir une seconde vie. Ils interrogent ce qu’ils peuvent encore transmettre.
Dans Mémoire réinventée, l’écologie n’est donc pas seulement un sujet : elle est une méthode de création. Récupérer, découper, assembler et transformer sont autant de gestes qui permettent de faire surgir de nouvelles images et de nouveaux récits.
Mounou Désiré Koffi : un regard ivoirien sur le Sénégal
Mounou Désiré Koffi développe une pratique picturale singulière fondée sur l’utilisation d’anciens claviers de téléphones portables. Découpées puis assemblées à la surface de ses peintures, les touches deviennent des fragments de couleur, de texture et de mémoire.
Ces claviers appartiennent à une technologie récente, mais déjà presque disparue. Ils évoquent nos communications, nos relations et les messages échangés avant l’apparition des écrans tactiles. En les intégrant à ses compositions, l’artiste transforme ces objets obsolètes en éléments d’une archéologie contemporaine.
Pour cette exposition, Mounou Désiré Koffi nourrit également son travail de son séjour au Sénégal. Artiste ivoirien en résidence à Saly, il observe le territoire depuis une position particulière : celle d’un regard extérieur, curieux et attentif, qui découvre de nouveaux usages et de nouvelles représentations.
Ses oeuvres abordent ainsi plusieurs sujets profondément liés à la société sénégalaise : la lutte, la pêche traditionnelle, les transports en commun et certaines personnalités emblématiques du pays. Ces scènes, ces figures et ces symboles ne sont pas traités comme de simples illustrations. Ils sont réinterprétés à travers son langage plastique, ses couleurs et l’accumulation des claviers.
La lutte devient une expression du corps, de la force et de l’identité collective. La pêche évoque tout à la fois le travail, la transmission et la relation au territoire. Les transports collectifs racontent le mouvement, la vie quotidienne et la circulation des personnes. Les personnages célèbres entrent, quant à eux, dans une mémoire partagée.
À travers ces nouvelles oeuvres, Mounou Désiré Koffi compose ainsi sa propre lecture du Sénégal. Il ne cherche pas à reproduire ce qu’il découvre, mais à traduire une expérience du lieu à travers son vocabulaire artistique.
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Bassirou Fall : le métal, le mouvement et les identités
Originaire de Saint-Louis du Sénégal, Bassirou Fall inscrit sa démarche dans une histoire familiale liée au vélo, à sa récupération et à sa transformation. Dans le sillage de son père, lui-même tourné vers la réparation et le réemploi des bicyclettes, l’artiste développe une pratique où le geste artisanal devient un véritable langage sculptural.
Son travail ne se limite cependant pas aux cadres de vélos. Bassirou Fall récupère et transforme des tôles provenant d’anciens fûts d’huile ou d’essence, du fer à béton, des pièces mécaniques et différents fragments métalliques.
Le fer à béton dessine les ossatures. Les éléments de vélos donnent l’impulsion du mouvement. Les tôles découpées apportent des surfaces, des volumes, des couleurs et des traces d’usure. Assemblés et soudés, ces matériaux deviennent des personnages.
Certaines figures se tiennent droites, dans une présence calme et presque monumentale. D’autres semblent marcher, danser ou défiler. Même immobiles, elles conservent un élan. La rigidité du métal laisse alors apparaître la souplesse d’un geste, l’élégance d’une silhouette et la poésie d’un corps en mouvement.
Pour Mémoire réinventée, Bassirou Fall approfondit également une recherche autour des cultures peule et masaï. Il s’intéresse à leur histoire, à leurs traditions, à leurs symboles, mais aussi à leurs vêtements et à leurs manières de représenter et de raconter leur identité.
L’artiste ne cherche pas à reproduire littéralement ce qu’il observe. Ces références deviennent les points de départ d’une création personnelle, nourrie par son regard, son univers et son imaginaire.
Cette démarche traverse notamment ses recherches autour des séries Les Mannequins d’Oumar LY, Yakaar et Masaï. Les sculptures parlent de présence, de dignité, de transmission et de résistance.
Comme l’explique Bassirou Fall : « La mémoire bouge, elle se transmet, elle change, elle voyage, et chacun peut aussi la raconter à sa manière. »
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Transformer sans effacer
Mounou Désiré Koffi et Bassirou Fall développent deux écritures très différentes. L’un construit l’image par l’accumulation de fragments technologiques ; l’autre fait surgir des corps à partir de structures métalliques.
Leurs démarches se rejoignent pourtant dans leur manière d’envisager la transformation.
Chez Mounou Désiré Koffi, les claviers de téléphones deviennent les unités d’une nouvelle image et les témoins d’une époque récente. Chez Bassirou Fall, les cadres de vélos, les fûts et le fer à béton abandonnent leur fonction première pour devenir des silhouettes humaines.
Les artistes ne font pas disparaître l’histoire des matériaux. Ils s’appuient sur leurs usages passés, leurs marques et leurs irrégularités. La transformation ne consiste donc pas à effacer, mais à prolonger.
Une mémoire vivante
Mémoire réinventée interroge notre manière de regarder les objets, mais aussi les cultures et les récits que nous recevons.
Que reste-t-il d’un objet lorsqu’il ne remplit plus sa fonction ? Comment une matière abandonnée peut-elle devenir le support d’une identité ou d’une histoire collective ? Comment raconter une culture sans simplement la reproduire ? Et de quelle manière un regard extérieur peut-il traduire sa rencontre avec un territoire ?
À travers les oeuvres présentées, la mémoire apparaît comme une matière vivante. Elle circule entre les générations et les territoires. Elle se transforme au contact de nouvelles expériences. Elle conserve certaines traces tout en produisant de nouvelles formes.
La mémoire ne se répète pas : elle se réinvente.
Informations pratiques
MÉMOIRE RÉINVENTÉE
Mounou Désiré Koffi — Peinture, collage et assemblage
Bassirou Fall — Sculpture
Vernissage : samedi 10 octobre 2026, de 18h à 22h
Exposition du 10 octobre 2026 au 31 janvier 2027
Maison d’Afrique
Saly, Sénégal
En lien avec la Galerie Mémoires Africaines

